Noël : 3 livres à offrir pour remettre l’Homme dans la nature.

Pour Noël, voici une sélection de 3 livres à glisser sous le sapin. Issus du courant Nature writing, ces livres portent en eux l’idée d’une nature actrice de l’histoire et non pas simple cadre de vie. Les préoccupations environnementales et la responsabilité des êtres humains y sont également pleinement engagées. Un grand bol d’air frais pour alimenter les réflexions hivernales…

Wildautobiographie en perdition.

Wild Cheryl Strayed critique
Saviez-vous que Strayed signifie égaré ? Apprenez-en plus sur l’auteure en lisant le livre.

Cheryl Strayed, journaliste américaine, raconte son épopée sur la Pacific Crest Trail. Âgée d’une vingtaine d’année, elle fuit de nombreux désastres personnels : son addiction à l’héroïne, son divorce et le décès de sa mère. Elle s’intéresse un peu par hasard à ce sentier de randonnée qui suit la côte Ouest des États-Unis, de la frontière mexicaine à la frontière canadienne. Le sentier traverse les chaînes de montagne de la Sierra Nevada et des Cascades, et de nombreux parcs nationaux. Les paysages évoqués sont époustouflants, les forêts sont préservées et très peu peuplées. La jeune femme dort à la belle étoile sur la majeure partie de son parcours, et se ravitaille dans des campings tous les 200 kilomètres en moyenne.

La passionnante randonnée solitaire de cette jeune femme naïve, et très mal équipée, nous révèle une nature immense et sauvage. Et l’on découvre ces moments de grâce où l’Homme (en l’occurrence la femme) se trouve exactement à sa place, en toute sérénité. J’ai lu ce livre l’année dernière, mais je dois dire que j’y repense souvent. Il est de ceux qui nous inspirent et nous impressionnent (et il donne sacrément envie de sauter dans nos chaussures de randonnée). Bien que le style ne soit pas époustouflant, l’auteure insuffle beaucoup de vie et de générosité dans son récit. On est saisit avec elle par l’ampleur de son chagrin, la beauté de ce qu’elle voit et l’absolue nécessité de mettre un pied devant l’autre.

Wild, Cheryl Strayed, Editions Flammarion, 2013.

Dans la forêt, roman de fin du monde et de monde nouveau.

Dans la forêt Jean Hegland critique
Invitation à la vie sauvage…

C’est l’histoire d’une famille qui vit dans une forêt et deux sœurs adolescentes qui rêvent de flirts et de virées à la pizzeria. Les jeunes filles débutent leur vie adulte, pleine de promesses d’université et de danseuse étoile. Oui mais, le monde s’effondre. La fin du monde n’est pas ce qu’on croit. Pas d’attaque de zombies ou de cataclysme. Juste la lente érosion d’un système qui ne fonctionne plus, et dont les habitants tardent un peu à comprendre l’ampleur. Comme le découvrent les protagonistes, la cavalerie ne viendra pas nous sauver et tout ne recommencera pas comme avant. Il est temps d’imaginer autre chose…

On ne peut pas trop en dire, de peur d’éventer le suspens du roman. Mais cette histoire brillamment racontée, attachante et troublante, nous presse de développer tous les potentiels que nous laissons en sommeil. C’est un plaidoyer pour l’autonomie et la prise en main de nos destinées individuelles.  Le désarroi de ces adolescentes est immense, lorsqu’elle comprennent que leurs rêves appartiennent à un monde révolu. Non, il n’y aura plus jamais de pizzeria, d’électricité et d’université. Nous ferions bien, nous aussi, de ne plus compter passivement sur un système que l’on croit éternel. Comme ne cesse de le dire la mère des jeunes héroïnes : «Ta vie t’appartient ».

Dans la forêt, Jean Hegland, Editions Gallmeister, 2017.

Les derniers grizzlys, récit d’écolo-trappeurs.

Rick Bass Les derniers grizzlys
Un livre engagé, qui défend l’idée d’une nature indépendante.

On ne présente plus Rick Bass, écologiste américain, héritier de Edward Abbey et de son Gang de la clé à molette. Compagnon de lutte de Doug Peacock. Défenseur d’une nature vierge en voie de disparition. Empêcheur de goudronner en rond.

Dans ce livre, l’écrivain cherche des traces de vie des grizzlys dans une zone des montagnes San Juan, dont ils sont supposés avoir disparu il y a plus de trente ans. L’enjeu est de taille, car rapporter une preuve de vie signifie une protection accrue de la région. Mais apporter une preuve de vie, c’est aussi mettre l’une des dernières zones sauvages à portée de l’homme. Car évidemment, on ne trouve pas les ours sur les sentiers de randonnées, mais dans les hauteurs faites de broussailles, de forêts profondes et de rochers, à plusieurs jours de marche des dernières traces humaines. La vraie question est : pourquoi venons-nous troubler ce refuge dans lequel les ours sont venus chercher la paix après un massacre qui dura cent ans ?

Une quête menée par des esprits alertes dans des corps qui le sont un peu moins. On comprend finalement qu’il n’est pas nécessaire de trouver les traces des grizzlys pour prouver leur existence. Il faut plutôt sentir dans sa chair la puissance des montagnes dans lesquelles ils vivent.  « Je ne suis pas en train de plaider pour les ours, car c’est impossible. Ils sont au-delà de tout argument, comme les baleines et les nuages. »

 Les derniers grizzlys, Rick Bass, Editions Gallmeister, 2010

Bonne lecture !

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