Permaculture

Nouvelle année, nouvelle forêt

Et voilà, la frénésie des fêtes de fin d’année est passée. On a bien mangé, beaucoup. On a eu des cadeaux, trop. Et cetera. Certains d’entre vous le savent, je ne suis pas de nature très frénétique. Je n’ai pas fait grand chose. J’ai dépoussiéré le sapin en planche qu’on avait fabriqué l’an passé, j’ai confectionné quelques pochons en tissus pour emballer les cadeaux, et on a décidé qu’on mangerai du poisson, un truc simple à préparer.

Et la nouvelle année commença.

On se la souhaite heureuse, avec le moins de mauvaises surprises possibles. Et on fera de notre mieux, quoi qu’il arrive.

Voici le moment venu de vous présenter mon projet pour l’année 2019 – car que serait une nouvelle année sans nouveau projet ?

La forêt jardin.

J’ai une grande prairie au bout de mon jardin, et que je ne sais pas quoi en faire. Faute d’entretien, elle deviendra un immense taillis dans quelques années. Pourquoi ne pas y planter une forêt ? Une forêt pensée, une forêt jardin.

La forêt jardin est comestible. On peut la « manger » entièrement, de haut en bas. Toutes les étages sont plantés pour leur utilité, alimentaire et médicinale. Les feuilles, les fleurs, les fruits, la sève, les racines. C’est comme un immense potager, en forme d’arbre.

L’idée de créer cette forêt ne m’est pas venue toute seule. Je me suis inspirée d’un livre au titre prometteur : « La Forêt jardin. Créer une forêt comestible en permaculture pour retrouver autonomie et abondance ». Rien que ça. Le livre est écrit par Martin Crawford. L’édition anglaise est préfacée par Rob Hopkins, initiateur du mouvement Villes en transition, et l’édition française est préfacée par Charles Hervé-Gruyer, qu’on ne présente plus ( La ferme du Bec Hellouin, pour les non initiés). Ça démarre plutôt bien.

C’est l’histoire de monsieur Hart, habitant dans le Shropshire, et « inventeur » de la forêt comestible en zone tempérée. En visitant la forêt de monsieur Hart, dans ce qui semble être un fouillis d’arbres, Martin Crawford découvre un système nourricier en trois dimensions, dûment réfléchi. Un nouvel agrosystème, basé sur les équilibres naturels des végétaux, qui stocke plus de carbone dans le sol qu’il n’en émet. Une contribution formidable pour les problèmes agricoles actuels. Monsieur Hart a fait quelques émules. Bien que sa forêt comestible soit tombée dans l’oubli à sa mort, quelques personnes ont documenté et planté d’autres forêts en Angleterre, pour améliorer le modèle et affiner son extraordinaire potentiel. Martin Crawford est l’un d’eux. A travers ce livre il nous fait profiter de son savoir et de son expérience, dans le but avoué de multiplier ces jardins paradisiaques en trois dimensions.

Planter une forêt est un geste simple.

Imaginer sa forêt jardin.

L’intérêt de planter une forêt, c’est qu’on est libre de tout penser. Nous entrons de plein pied dans le design permaculturel, où chaque élément est mit en place pour son utilité, la charge de travail qu’il demande, la fréquence d’utilisation, son interaction avec les autres éléments, etc. La création de la forêt jardin peut sembler un travail colossal, mais c’est un processus lent, long, et progressif, ce qui rend la chose accessible.

Lorsqu’on s’attaque à la plantation de la forêt, il faut prendre en considération un ensemble assez vaste de critères.

Tout d’abord, les critères que l’on ne choisit pas : l’orientation, la pente, les vents dominants, l’ensoleillement, etc. La prairie dans laquelle j’ai choisi d’implanter est orientée au sud-ouest, avec une forte pente, et un boisement déjà existant qui protège du vent du nord. L’orientation sud-ouest garantit un ensoleillement long et des vents tempérés. La pente me permet d’étager les plantations : les arbres les plus haut en haut de la pente, les arbres les moins haut en bas, pour limiter les zones d’ombres. Les inconvénients de ma parcelle viennent de ses avantages, comme souvent : les vents d’ouest sont violents, parfois des vents de tempête, et les arbres qui protègent du vent du nord sont aussi ceux qui font de l’ombre jusque tard dans la matinée.

Vient ensuite la réflexion sur l’usage que l’on souhaite faire de cette forêt jardin. Il faut penser les allées de circulation, les points d’eau, les endroits que l’on souhaite occuper de temps en temps : une zone de pique nique par exemple. Et surtout quels arbres, pour quels usages ? Qu’est ce qu’on veut faire pousser, pour en faire quoi ? Croyez moi, c’est loin d’être la partie la plus facile. La période des récoltes, les méthodes de conservation, la quantité produite, il faut penser à tout. Si tous les arbres donnent des fruits à maturité en même temps, et que je me retrouve avec 500 kg de fruits à traiter en conserve et en confiture au même moment, ça va vite devenir ingérable.


Voici les différentes productions végétales que l’on peut choisir de mettre en place dans sa forêt jardin.

Il faut également réfléchir aux différentes strates, et à leur emplacement les unes par rapport aux autres. Les grands arbres, les arbres fruitiers plus petits, les arbustes et les plantes couvre sols doivent trouver une place qui favorise la croissance harmonieuse de l’ensemble. Il faut donc penser à espacer suffisamment les plantations, réserver des espaces de clairière, etc … Il est également bon de penser aux plantes fixatrices d’azote, de potassium, de phosphore, pour équilibrer l’écosystème mit en place, et avoir un intervenir le moins possible. Effectivement, la forêt jardin est aussi un truc de paresseux pour lequel on souhaite en faire le moins possible. Pas de panique, car le livre consacre un chapitre entier à l’organisation de la fertilité.

Enfin, la moitié du livre est consacré aux différentes espèces et détaille les caractéristiques, les cultivars les mieux adaptés, la taille, la floraison, la fructification, l’utilisation des fruits/feuilles/racines, les modes de conservation, l’entretien. C’est une mine de renseignements pour faire son choix et élaborer ses plans. La grande richesse du livre tient également dans la présentation d’espèces non européennes, mais adaptées à notre climat, ou adaptables si on tient compte des modifications liées au changement climatique. Très honnêtement, j’ai bien cru que je n’aurai pas assez d’un hectare pour planter toutes ces merveilles.

Totalement impatiente.

Les essences que j’ai choisies.

J’ai sélectionné plusieurs arbres et arbustes, pour débuter. Les plants peuvent coûter relativement cher, surtout pour les essences moins répandues. Je m’en procure en jardinerie, j’en récupère auprès de mes connaissances, je m’en suis fait offrir, etc. Je ne vais pas planter 50 arbres d’un coup, mon budget ne me le permet pas.

D’abord, les  »grands arbres » :

  • Un érable sycomore, dont je pourrait un jour prélever la sève et faire un excellent sirop d’érable.
  • Un eucalyptus, pour ses vertus médicinale.
  • Un assiminier, pour tenter d’acclimater un arbre qui donne des fruits à mi-chemin entre la mangue et la banane, mais qui pousse au Québec et supporte des hivers très rigoureux. Une perle rare !
  • Un pommier, un figuier, un nectarinier, pour d’évidentes raisons de gourmandise.

Viennent ensuite les arbustes, strate intermédiaire qui doit supporter l’ombre légère des grands arbres. Je me suis concentrée sur des groseilliers, cassissiers et kiwis, mais je cherche activement des poivriers du Sichuan, et des goji, qui ont l’air relativement facile à cultiver et sont bien acclimatés en Europe. Je voudrait également des plants de céanothe d’Amérique, dont les fleurs riches en saponines permettent de fabriquer du savon !

Je n’ai pas encore débuté la plantation des couvre-sols, mais j’ai déjà une loooongue liste de plantes en attente : consoude, canneberges, ail des ours, noix de terre, mitsuba, raifort, saponaire, fraisiers sauvages…

Pour le moment ça ne ressemble pas à grand chose. Tout au plus une dizaine de piquets plantés ça et là dans la prairie, aux pieds desquels sont cachés de petits arbres qui attendent leur heure. J’ai prévu les attaques de chevreuils, qui aiment grignoter les bourgeons et se frotter à l’écorce, en protégeant les jeunes arbres avec du grillage à poule. J’ai couvert chaque pied d’une épaisse couche de feuilles mortes, pour les protéger des gelées. ET J’ATTENDS. J’imagine l’endroit où je ferai une clairière, avec une table et un banc. Ce que ça peut être long à venir le printemps parfois…

En attendant le printemps.

PS : si vous passez par le lien dans l’article pour acheter le livre, quelques centimes d’euros me seront reversés par la librairie Decitre.

2 thoughts on “Nouvelle année, nouvelle forêt

  1. Beatrice garnier says:

    Bonsoir Stéphanie,
    C’est avec grand plaisir et impatience que je te lis!
    Ton enthousiasme est contagieux, merci!!!
    A très bientôt, en février j’espère. Sarah sera peut-être là, elle aimerait te rencontrer…
    Bises.

    • mllegreen says:

      Avec plaisir !

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