Mon petit t-shirt – Première partie : bilan écologique et bilan humain.

Vous êtes trop habillé.

Diagnostic rapide. Votre panier à linge sale déborde, mais vous pouvez encore vous habiller pendant une semaine avant que l’urgence d’une lessive ne se fasse sentir. Vous avez dans votre placard 2 ou 3 exemplaires du même vêtement, dont certains jamais portés. Vous achetez des vêtements non pas parce que vous en avez besoin mais parce qu’ils sont jolis.

L’industrie textile mise sur un renouvellement très rapide de ses collections : la Fast-fashion. La Fast-fashion repose sur une production à bas coûts, délocalisée dans des pays où les critères environnementaux et les droits humains sont tout à fait discutables. Cette production accélérée est très rentable: des vêtements si peu chers et de qualité si médiocre qu’ils paraissent remplaçables à l’infini. Les achats pulsionnels et séances shopping du samedi après-midi sont là pour ça.

Lorsque qu’on achète un jean, demandons-nous combien de doigts d’enfants sont restés coincés dans les coutures. Demandons-nous combien de personnes ont développé des maladies en respirant les teintures ayant servis à la fabrication de nos chaussettes. Et d’ailleurs ils viennent d’où vos t-shirts ?

Pas tout propre.

L’industrie du vêtement est la deuxième industrie la plus polluante de la planète, derrière l’industrie pétrolière (source Greenpeace). Elle l’est à cause de la chaîne entière de production, depuis la fabrication des matières premières jusqu’au produit fini.

La fibre la plus utilisée par les fabricants est le coton. C’est l’une des cultures les plus gourmandes en eau et en pesticides. La production d’un kilo de coton requiert 10 000 litres d’eau, uniquement pour son irrigation (source Water Footprint Network). Soit 2500 litres d’eau pour un t-shirt de 250 grammes. L’OMS estime que 25 % des insecticides et 10 % des herbicides utilisés à l’échelle mondiale concerne la culture du coton. Une fois récolté, le coton doit encore être traité puis filé et tissé, ce qui nécessite encore de grandes quantités d’eau.

On peut aussi choisir un t-shirt en matière synthétique : la fabrication du polyester requiert chaque année 70 millions de barils de pétrole à l’échelle mondiale. La fabrication du polyester contribue largement au rejet de micro-plastiques dans les milieux aquatiques, y compris lorsqu’on lave les vêtements (source Greenpeace).

Vient ensuite l’étape de la teinture. Chlore, ammoniaque, soude, acide sulfurique, métaux lourds, formaldéhyde, solvants… Un cocktail de polluants qui se retrouve dans les eaux de rivières, les sols, les organismes vivants. Et aussi dans les t-shirts que vous mettez sur votre peau. Les colorants avec métaux lourds et le formaldéhyde sont interdits en Europe, mais les contrôles sont beaucoup plus souples envers les produits importés (source Le Monde, Journal de l’Environnement).

Prélèvement d’eaux usées à la sortie d’une usine textile en Chine – Copyright Greenpeace

Pas très humain.

Une fois la fibre tissée et teinte, vient l’étape de la fabrication du t-shirt. Un grand moment de philanthropie. La juste répartition des bénéfices ne se fait pas. La juste répartition des risques non plus.

Les conditions de travail dans les usines de confection sont bien documentées, et elles sont peu enviables. Salaire minimum en deçà du salaire vital, taux horaires hebdomadaires de 60 à 80 heures, travail infantile, travail forcé, lois de protection des travailleurs très peu appliquées, protections sanitaires inexistantes, etc… (source Organisation Internationale du Travail).

L’industrie textile recèle son lot d’histoires sordides. Une des plus médiatisée est l’effondrement d’un immeuble abritant des ateliers de confection au Bangladesh en avril 2013. Drame dans lequel 1100 ouvrières et ouvriers sont morts, et pour lequel les grandes firmes de la Fast-Fashion ont été directement pointées du doigt (source Le Monde , CISO)

Les conditions de travail s’améliorent sporadiquement en Chine. La Turquie, le Bangladesh, le Vietnam, le Sri Lanka, l’Indonésie, le Myanmar et le Cambodge, restent les pays où la main d’œuvre est la moins bien rémunérée. Certaines usines de confection présentent en Chine sont d’ailleurs délocalisées dans ces pays.

Tout cela progresse lentement. Malgré quelques initiatives (source BetterWork), on en est encore à signer des accords cadres avec les pays précédemment cités.

Garçon travaillant dans un atelier familial à Guangdon, Chine – Copyright Greenpeace

Jetable.

Le petit t-shirt sera ensuite transporté, avec plusieurs milliers de ces petits camarades, par un bateau porte-container dont la production de CO2 est équivalente à 50 millions de voitures par année.

Et puis vous l’achèterez, et le porterez, ou pas.

Qu’en est-il de la fin de vie de nos vêtements, ou de leur plongée dans le gouffre  »Démodé-Trop ringard-Je peux pas porter ça » ? Si vous avez le bon goût d’apporter vos vieux vêtements dans un point de collecte, 60% seront réutilisés (associations caritatives, friperies, envois dans les pays en développement) et 40 % recyclés (isolant, rembourrage…). Si vous les jetez dans votre poubelle, ils seront incinérés ou se dégraderont lentement à l’air libre, en libérant encore de joyeux composés dans l’atmosphère et les nappes phréatiques. Les Français jettent en moyenne 12kg de vêtements par an.

Alors que faire ? On a souvent trop de vêtements. On est souvent totalement inconscients des conditions de travail et des procédés nécessaires à leur fabrication. Continuer comme cela c’est un peu comme continuer à construire des golfs dans le désert du Nevada. Il y a comme un petit quelque chose qui fait tâche. Heureusement, il existe des solutions pour garder un niveau décent de coquetterie.

Suite dans la seconde partie…

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