Quitter la ville grange abandonnée

Quitter la ville.

Quitter la ville : fourmillements et tigre en cage.

Après quelques années passées dans une mégalopole sud-américaine et plus d’une décennie à Paris, j’ai quitté la capitale pour m’installer en province.

Pourquoi avoir quitté la ville, avec ses opportunités incessantes, ses nouveautés permanentes et son bouillonnement latent? Pour tout cela justement. Au bout de quelques années, la vie parisienne a semblé être une course effrénée et sans boussole, dans laquelle j’avais toujours un avis sur tout et surtout un temps de retard. C’est sans doute pétillant et stimulant, mais j’étais perdue dans ce maelström. Prisonnière des espaces clos ou circulant sur les trottoirs à la recherche d’une chose à faire pour sortir de mon habitation, j’attendais impatiemment la moindre occasion pour « bouger » et ne pas m’engourdir.

Comment, dans une telle ville, cela est-il possible ? Paris est une ville qu’on dévore, qui a tant à nous offrir. C’est vrai, mais c’est aussi une ville dans laquelle il est facile de se perdre et de disparaître quand on n’est pas habité par l’envie de dévorer. C’est une ville qui contraint et qui laisse peu de place au personnel.

 

Loin de tout et près du reste.

Nous y voilà : le temps, l’espace, ce que la ruralité à de plus beau à nous offrir. Des esprits chagrins ont immédiatement parlé de retour au Larzac et de mise en retraite anticipée. Isolée, esseulée ? Que nenni. Je fais des rencontres formidables, je construis plus que jamais un univers à ma mesure, je suis libre de mes mouvements. N’avoir rien à faire n’a jamais été aussi productif. Il y a bien des vies en dehors de Paris.

Paris reste accessible, en moins d’une heure de train, pour les expositions, les restaurants et les folles soirées. Oui, mais je n’en ai pas envie, je n’en ai pas besoin. Le groupe d’amis retrouvés quotidiennement au bar me manque parfois, mais lorsqu’ils viennent me rendre visite nous passons plusieurs jours ensemble, et nos relations ne sont pas bousculées par l’agenda mondain.

La modernité se fraye un chemin jusqu’à moi grâce à la technologie 2.0, qui permet comme vous le savez d’être au courant des nouveautés culturelles, vestimentaires, technologiques, et qui permet même de travailler. Alors, non, vraiment, la campagne ce n’est pas si loin que cela.

Bien sur , le passage ne s’est pas fait en un jour. L’habitude de la ville était forte et il a fallu être radical : achat d’une ferme en ruine et campement de fortune, sans électricité ni sanitaires pendant quelques mois. Une période Robinson, libre et frugale et l’occasion de questionner une vie à la mode.

Cette transition géographique m’a permis de m’ancrer dans le faire, l’agir, de libérer des capacités qui clapotaient sur les trottoirs de Paris. Là où je ne faisais qu’occuper mon temps.

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *