connexion avec la nature

Totems et écosystème. Petite réflexion de rentrée.

Cet été, nous avons joyeusement sculpté des totems. Que les enfants ont tout aussi joyeusement couvert de peinture à l’eau. Nous avons ensuite installé les totems dans la forêt. L’objectif de mon fils aîné était de protéger la forêt contre les chasseurs, en leur faisant peur. C’était aussi une manière de témoigner son attachement à cette partie sauvage de notre écosystème.

Plantons le décor : nous vivons dans une zone rurale, dans un hameau isolé. Notre maison est entourée d’un jardin domestique arboré, fleuri et potagé, qui constitue « le dehors », et qui permet d’agrandir considérablement le salon dès que les beaux jours viennent.

Et puis il y a aussi 3 hectares de bois et de prairies qui nous appartiennent dans les actes notariés. Nous allons y chercher des baies et du bois mort. C’est un lieu de promenades et d’observations. Nous y avons enterré un de nos chats. C’est un endroit dans lequel nous nous glissons, et dans lequel nous intervenons très peu. Un endroit qui vit sans nous, contrairement au jardin domestique.

sculpter un totem
Transformation d’un morceau de bois récupéré sur le chantier.

Un écosystème, comment ça marche ?

Un écosystème est un mécanisme formé de réseaux d’espèces animales et végétales adaptées les unes aux autres, qui évoluent en interaction. Elles sont unies par des réseaux trophiques -comprenez chaînes alimentaires- par lesquelles l’énergie et la biomasse circulent. Les êtres vivants mangent les organismes de niveau trophique inférieur dans le but d’acquérir de l’énergie. Dans l’ordre : les végétaux, premiers producteurs de matière organique ( et oui, les seuls à pouvoir transformer la lumière en sucre!), puis les herbivores, puis les carnivores. Et ensuite retour à l’humus. La limace mange la salade, la poule mange la limace, et les organismes nécrophages mangent la poule quand elle calanche. C’est tout simple. Il y a les producteurs, les consommateurs et les décomposeurs. Et au milieu il y a nous. Nous c’est un peu compliqué. Notre régime alimentaire ne nous situe pas au somment de la chaîne, mais nous n’avons pas de prédateur. Ce qui ne rend pas humble.

La qualité d’un réseau trophique a un lien direct avec la stabilité et la résilience des populations qui en font partie. La désorganisation de ces réseaux, par la disparition d’une espèce ou par la sur-représentation d’une autre espèce, augmentent les risques de basculement de l’écosystème vers un autre état. État qui deviendra stable à terme, mais pas nécessairement favorable aux humains. Par exemple certaines zones des océans, le long des côtes, très polluées, acidifiées et sur-pêchées, dans lesquelles les populations de poissons et de mammifères marins ont totalement disparues au profit des méduses. Un nouvel équilibre est se met en place, mais dans lequel l’humain ne peut prospérer ni même se maintenir.

Totem dans les bois

Dans les écosystèmes très anthropisés et artificialisés, on observe une expansion d’espèces généralistes, qui s’adaptent facilement à tout, au détriment des espèces spécialistes, qui accomplissent un rôle très spécifique dans les écosystèmes. Faune et flore s’homogénéisent, et la variété d’espèces présentes diminue. Les réseaux trophiques se raccourcissent fortement, et les écosystèmes finissent par s’effondrer. Les grands écosystèmes agricoles simplifiés et homogénéisés en sont un bon exemple.  Tout simplement parce que les êtres humains sont incapables de mettre en place un écosystème artificiel stable dans le temps. Les équilibres écosystémiques et les réseaux trophiques sont beaucoup plus fonctionnels quand l’homme n’y met pas son grain de sel et ne cherche pas à les détourner pour lui tout seul.

A l’inverse, l’homme peut favoriser le ré-équilibrage des écosystèmes en ré-introduisant les espèces disparues, ou en les protégeant. La ré-introduction du loup dans le parc de Yellowstone est une bonne illustration. Depuis 1995, 14 loups ont été implantés dans le parc. La démarche a permis de diminuer de moitié la population de wapitis, qui générait d’importants dégâts sur les végétaux. Le couvert végétal de prairies et de bosquets, source d’alimentation principale des wapitis, s’est régénéré. Cela a favorisé le retour des oiseaux, des insectes, et d’autres herbivores comme le castor. La baisse de population des wapitis a également réduit le sur-pâturage ; les sols et bords de rivières ont retrouvés une seconde jeunesse. Tout n’est donc pas perdu.

totem et enfant
La grande étape de la peinture.

Le totem : replacer l’homme dans son écosystème.

Totem est un mot d’origine ojibwa (amérindiens d’Amérique du nord) : « ototeman ». On retrouve cette pratique spirituelle aux quatre coins du globe terrestre. Le totem est un objet, un animal ou un végétal qui représente le lien spirituel d’un individu ou d’un groupe d’individus avec ce que le totem représente. Ce qui prévaut dans le totem, c’est l’idée de lien, de partage, d’identité commune entre humains et non-humains. La communauté de destin, de vie physique et spirituelle des membres d’un écosystème.

Cette vie commune partagée avec les non-humains nous situe humblement au sein de la chaîne alimentaire. Nous acceptons une place dans un ensemble de liens et de réseaux qui nous dépassent largement, et qui ne sont pas exclusivement tournés vers nos petites personnes. Pour mes enfants, c’est accepter que les ronces donnent des mûres, mais portent des épines. Accepter que les oiseaux mangent les cerises. Accepter les serpents et les orties. Admettre que la nature ne soit pas là pour nous plaire et nous rendre des services. Qu’elle ne soit pas présente uniquement pour nous permettre de sculpter des épées ou de mettre les doigts dans la terre. Elle est là, et nous sommes dedans. Elle est là avant nous, sans nous, elle est là de toute façon.

totem
Dans la forêt.

 

L’homme n’est pas le garant de l’équilibre d’un écosystème, mais il peut avoir des actions délétères. C’est le cas lorsqu’il s’approprie un écosystème pour son seul usage. Lorsqu’il cherche à retrancher les parties les plus sauvages de la nature, celles qui lui sont les moins pratiques ou les plus désagréables. Lorsqu’il refuse de partager son écosystème avec les autres espèces qui composent son réseau trophique.

Et ceci a son importance quand on considère l’avenir des zones rurales et l’utilisation de la terre et de la nature comme support. Support de culture, et support de loisir. Les champs s’agrandissent de plus en plus, la part domestique de la nature prend des proportions industrielles, le paysage se lisse et s’uniformise. Quoi de plus déprimant que des centaines d’hectare de maïs. D’un autre côté, les zones préservées deviennent des concentration résidentielles. Central Parcs qui ne disent pas leur nom, où la nature est traitée comme un support de loisir, et doit se plier aux injonctions en terme de disponibilité, d’accueil, de joliesse, etc.

Sommes-nous capable de nous lier à la nature autrement que par utilité ? Doit-elle toujours exister à travers l’usage et la possession ? Ne pouvons nous pas vivre sans chercher à l’aménager et la rendre « pratique » ?

Pouvoir conserver des zones « ensauvagées », dans lesquelles nous trouvons une place passagère et discrète. Regarder nos enfants s’attacher à cette nature sans pour autant vouloir la posséder et la façonner. Sculpter des totems.

Et vous, comment vous reliez-vous à votre écosystème ?

chêne
Le petit bois derrière chez moi.

 

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